mardi 27 mars 2012

"Et toi dans 'tout ça'?"


Bonjour,

On ne peut pas dire que je vous aie inondé de messages sur ce blog ces derniers temps. Ça fait plus d’un mois maintenant … Il est temps que je vous revienne.

Quelqu’un parmi vous m’a écrit : « C’est très beau ce que tu nous racontes, mais toi dans ‘tout ça’ ? Qu’est-ce que tu deviens ? » Donc un peu de curiosité sur mon lieu de vie, mes occupations, les personnes avec qui je vis et travaille. Je vais essayer de l’assouvir (en partie) dans ce message.

Tout d’abord je vais bien, et je suis heureux. L’intérêt et l’enthousiasme que suscite le « nouveau » sont encore bien présents et j’espère qu’ils dureront. J’essaye d’ouvrir grand mes oreilles, mes yeux et mon cœur pour entrer dans ce monde nouveau pour moi qu’est le Tchad. Je devrais peut-être parler de mondes au pluriel car déjà à Abéché on peut goûter à l’atmosphère orientale et musulmane qui domine dans toute cette partie du pays, mais aussi aux cultures du Sud du Tchad par les chrétiens de la paroisse d'Abéché que je fréquente, au cosmopolitisme (mais à forte dominante africaine) de la « communauté humanitaire », sans parler bien sûr de l’univers complexe mais attachant des camps de réfugiés soudanais dont je vous parlais dans mon premier message. Une difficulté ? Sans doute le fait de ne pas pouvoir passer incognito. Ça me limite parfois dans mes ballades en ville …

La ville d’Abéché est donc mon lieu de résidence principale.  C'est une ville qui a grandi rapidement avec le déversement des ONG et des agences onusiennes lors de la crise des réfugiés du Darfour en 2003. Aujourd'hui la plupart d'entre elles ont quitté la ville, mais la ville en garde la trace. 

Le bureau national du JRS (qui est aussi ma maison) et que vous découvrez ici, est situé dans l’enceinte de la paroisse catholique de la ville.

C’est un endroit très animé chaque après-midi car on y trouve un foyer des jeunes, des terrains de sport dont profitent pas mal d’étudiants et on y entend souvent les balafons, guitares et batteries des chorales de la paroisse. Voici ce que je vois en sortant de la maison ...

... et une  vue de l'église d'Abéché où se réunissent autour de 800 chrétiens chaque dimanche et qui se trouve à deux pas de la maison du JRS.
Dans l’équipe JRS, nous sommes sept à résider à Abéché : ce sont les volontaires chargés des différents départements (Programmes, Finances, Ressources humaines) du Bureau National, ainsi que Kisito Nantoiallah, compagnon jésuite tchadien et directeur national, et moi-même qui suis son adjoint. Mais Abéché est aussi un lieu de passage pour les volontaires qui viennent des quatre « bases » du JRS  (Iriba, Guereda, Goz Beida et Koukou) qui se trouvent à proximité des camps de réfugiés.

Par exemple au mois de février, nous avons tenu une réunion nationale à Abéché qui a rassemblé les différents volontaires disponibles et dont témoigne cette photo de groupe. Vous avez là un beau mélange de nationalités : argentine, burkinabé, burundaise, camerounaise, congolaise, française, ivoirienne, tchadienne … et belge. Kisito est à l’extrême gauche en chemise bleue.

Le JRS a aussi un petit bureau à N’Djamena car pas mal d’achats pour les projets y sont faits et parce que la plupart des réunions des ONG et des organismes internationaux s’y tiennent. 

Le membre le plus emblématique du JRS à N’Djamena est sans conteste Oumar, le chauffeur. Vous voyez qu’avec lui j’ai trouvé mon maître en ce qui concerne la taille : on dirait un peu les Twin Towers … Quand on arrive à l’aéroport, pas de problème pour le repérer. Pour ne rien gâcher, il se plie en quatre (ce qui n’est pas peu dire) pour vous rendre service.
J’ai écrit qu’Abéché est mon lieu de résidence principal, mais je devrais sans doute plutôt parler du « lieu principal de mes absences ». En effet, j'ai une vie nomade. Depuis que je suis arrivé au Tchad le 8 janvier, je n’ai pas passé une semaine qui ne compte un aller-retour en avion. Faites-le compte : je crois que j’ai dépassé maintenant la vingtaine de vols. Toujours avec la même compagnie : UNHAS pour « United Nation Humanitarian Air Service ». Un service (gratuit !) du Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour les organisations humanitaires. 

Tous les jours ouvrables il y a des vols entre N’Djamena et Abéché mais aussi entre Abéché et les différents lieux où sont situés les camps de réfugiés dans l’Est du pays. C’est avec des avions d’une quinzaine de places de ce type-ci que nous volons.

L’atterrissage et le décollage sur les pistes caillouteuses donnent parfois l’impression de montagnes russes, mais on finit par s’y habituer.

En général, les vols sont bien remplis, on n'est pas toujours sûr d'avoir une place. Mais j’ai déjà eu l’occasion d’avoir un avion pour moi seul. Je n'ai résisté à la tentation d'immortaliser cet instant... 

Rassurez-vous. Je n’étais pas absolument seul. Il y avait bien un pilote aux commandes !

Si je prends si souvent l’avion, c’est qu’une de mes tâches principales comme directeur national adjoint, est l’appui et le soutien aux équipes du JRS. C'est aussi mon rôle de prendre « en direct » connaissance  de la réalité des camps et villages où le JRS offre ses services, afin de proposer des ajustements de nos programmes, des améliorations à la structuration de l'organisation, ou des actions pour la formation des membres du JRS.

La maison du JRS à Goz Beida dans la lumière du soir
Ce n’est pas toujours de tout repos, mais je vous avoue que je préfère de loin ces visites « sur le terrain » au « travail de bureau » à Abéché qui me voit passer le plus clair de mon temps devant un écran d’ordinateur.


En janvier et février, j’ai donc fait une première tournée des quatre bases du JRS en y restant à chaque fois plus ou moins une semaine pour faire connaissance des équipes et m’imprégner de la réalité. 

Depuis la mi-mars, j’ai repris mon bâton (ou plutôt mes ailes) de pèlerin, cette fois davantage pour aider les responsables dans la gestion de leurs équipes, mais aussi pour présenter aux membres le cadre stratégique du JRS international et les inviter à évaluer et planifier nos actions à la lumière de ce document de référence. C’est un travail d’animation que j’apprécie.

Lors de ces visites, dans la mesure du possible, je me rends aussi dans les camps de réfugiés ou les sites de déplacés, car c’est là que « ça se passe vraiment ». 

Pour avoir une bonne appréciation des besoins et de la réponse que le JRS essaye d’y apporter, rien ne remplace la rencontre directe des réfugiés, l’écoute de leurs doléances et de leurs remerciements ou encore l’observation des interventions du JRS. Cela se passe parfois de manière plus formelle sous forme de réunion planifiée à l’avance comme au camp des réfugiés de Goz Amir près de Koukou, avec les directeurs des écoles des camps, quelques enseignants et les représentants des associations de parents d’élève …

… ou bien de manière plus informelle, comme ici, où Alain et Idris sont en conversation sur la natte avec les deux maîtres communautaires de l’école d’Abguicheraye, un village où sont retournés récemment des familles qui avaient été déplacées par l'insécurité en 2008.

 
Ces visites sur le terrain demande en général de faire un bout de route, dans la poussière et les secousses.

Pour la plupart des déplacements vers les camps de réfugiés et les sites de déplacés, les véhicules des ONG doivent être escortées par le Détachement Intégré de Sécurité (DIS) de l’Armée Nationale Tchadienne, chargé du maintien de l’ordre dans les camps de réfugiés et de la sécurité des humanitaires. Le risque le plus important est celui du banditisme : les véhicules 4 x 4 suscitent pas mal de convoitise.

Il arrive qu'on ne sache plus très bien qui escorte qui, lorsque le « mobile » (c’est l’expression consacrée pour parler d’un véhicule) du DIS s’ensable dans le lit d’un oued duquel on le sortira grâce aux mains pelleteuses d'Adoum, le chauffeur, très entreprenant, du JRS, …

… ou se retrouve bloqué dans une ornière dont il sortira grâce au tractage du camion d’un commerçant soudanais qui se rend au marché de Kerfi.

Les visites sur terrain sont aussi l’occasion de constater l’avancement des travaux de constructions ou de réhabilitation de salles de classe que le JRS entreprend, comme ici au site de déplacés de Koubigou près de Goz Beida. Oumar et ses plus de 2 mètres, est un bon étalon de mesure.

 
Mais le plus délicieux de ces visites, c'est sans conteste la vitalité et la curiosité des enfants qui parfois m’assaillent tous de la même question « Comment tu t’appelles ? ». C’est le début d’une communication qui passe plus par les rires amusés et les mimiques que par les quelques mots de français qu’ils ont commencé à apprendre et les salutations en arabe que je bafouille.

Si on veut photographier les enfants, comme ici dans la cour de l’école New Sudan du camp de Djabal près de Goz Beida, …
… il faut être très rapide, car en moins de dix secondes …
… ils sont déjà en train de dévorer l’objectif !

Si je suis dans cette région du Tchad d’abord comme membre du JRS, j’y suis aussi comme prêtre. Or, un prêtre c’est une denrée rare par ici. La paroisse dont le centre est Abéché est grande comme six fois la Belgique, et nous sommes trois prêtres, tous jésuites, pour le service des communautés qui s’y trouvent dispersées : le curé Fidèle Dollo (de République Centrafricaine) que vous voyez sur cette photo aux côtés d’Henri Coudray, notre évêque (aussi jésuite … et français) qui réside à Mongo, à 400 km d’ici, Kisito et moi-même. 

La population de la région est composée ultra-majoritairement de musulmans. Les chrétiens viennent en général du sud du Tchad : ils sont ici comme fonctionnaires, enseignants, militaires, étudiants ou employés d’organisations humanitaires.

 
Je suis donc régulièrement mis à contribution pour le service pastoral – ce qui n’est pas pour me déplaire – aussi bien à la paroisse d’Abéché lorsque j’y réside, que dans les « communautés de la dispersion » qui sont présentes dans les différentes villes et villages où le JRS a des équipes. Comme ils ont rarement la visite d’un prêtre, les chrétiens de ces communautés manifestent à chaque fois beaucoup de joie à me voir arriver. C'est l'annonce d'une célébration eucharistique attendue depuis longtemps.

C’est comme cela que je célèbrerai la semaine sainte qui arrive avec la communauté de Koukou, et le dimanche de Pâques je me rendrai à Goz Beida où sept jeunes adultes recevront le baptême. J’avais déjà eu l’occasion au début du mois de février de présider à leur « appel décisif ».

Les activités ne manquent donc pas, mais je suis loin de me sentir débordé. Il faut dire qu’ici on apprend à vivre avec l’incertitude : « Inch’Allah », « S'il plaît à Dieu » est le mot d’ordre. Cela permet de vivre les situations les plus problématiques avec humour. 

En plus pour le moment, le climat me traite bien. Je n'ai pas encore vu une goutte de pluie, ce qui est tout ce qu'il y a de plus normal, mais alors qu’en général les grosses chaleurs commencent avec le mois de mars, jusqu’à présent nous avons été épargnés : à peine une petite poussée à 41°c il y a quelques jours. Je profite donc de chaque jour qui passe sans que nous ayons à subir les 45-50°C qu’on m’annonce, et surtout de chaque nuit dont la relative fraîcheur me permet de dormir à poings fermés même par pleine lune ...
  

Je vous souhaite déjà une heureuse fête de Pâques !

Christophe

PS : Certains m’ont demandé s’ils pouvaient contribuer financièrement aux projets du JRS au Tchad. Aucune aide ne sera refusée ! Vous pouvez verser vos dons au compte des « Œuvres sociales et éducatives des jésuites dans le tiers-monde »,  Rue Maurice Liétart, 31, bte 3, 1150 Bruxelles
 IBAN : BE78 2100 9029 1086
 BIC : GEBABEBB
Mention : "JRS-TCHAD"
Ce compte est habilité à délivrer une attestation d’exonération fiscale pour tout don supérieur à 40€.

lundi 20 février 2012

Déplacement auprès des déplacés

Au début du mois de février, j'ai passé une semaine avec l'équipe du JRS à Goz Beida. Goz Beida est la capitale de la région du Sila qui se trouve au Sud-Est d'Abéché. Dans le Sila se trouvent deux camps de réfugiés soudanais originaires du Darfour, où le JRS est présent comme à Iriba et Guéréda, mais c'est surtout une région où l'on compte de nombreux sites de déplacés tchadiens. Cette fois-ci, c'est grâce aux bons soins d'OCHA, l'agence des Nations-Unies qui s'occupent de la coordination de l'action humanitaire que je vous offre une vue géographique. Les petits triangles rouges renversés sont les sites de déplacés. Les petites tentes en bleu représentent les camps de réfugiés soudanais.

© OCHA

Lorsque j'ai atterri à Goz Beida, j'ai eu l'impression de me trouver dans un autre pays que celui que j'avais connu les semaines précédentes à Iriba et Guéréda dans le Nord. Vous pouvez le constater: on ne peut pas vraiment parler deforêt vierge - cela reste un paysage très sahélien - la végétation est déjà plus abondante dans cette zone. Du coup on se sent dans un environnement plus hospitalier. 

Goz Beida se situe dans un plateau entouré de petites montagnes, ce qui lui donne un charme presque alpin. L'oeil ne se perd plus au loin, mais trouve un horizon un peu plus proche où se fixer ... Cela fait du bien au petit belge que je suis, peu habitué aux espaces infinis.

La question des déplacés tchadiens n'est pas facile à appréhender. La plupart d'entre eux viennent de villages qui se trouvent non loin de la frontière soudanaise. En 2007-2008, le conflit du Darfour a eu des répercussions au Tchad. Les milices Janjawid qui bénéficient d'un appui sinon militaire au moins moral du gouvernement soudanais, et responsables d'une grande partie des massacres sur les populations du Darfour, ont commencé à faire des incursions meurtrières en territoires tchadiens attaquant les villages occupés par des personnes appartenant aux mêmes groupes ethniques que les Darfouris. Les habitants de ces villages ont fui, certains se regroupant près de petits centres urbains comme Goz Beida. On a compté au Tchad jusqu'à 200.000 déplacés en 2010. Aujourd'hui une partie d'entre eux commence à retourner, mais les conditions de sécurité (pour les biens et les personnes, mais aussi sécurité alimentaire et sanitaire) sont encore loin d'être idéales.

La situation des déplacés est par certains aspects moins enviable que celle des réfugiés soudanais. Bien sûr, ils ne sont pas étrangers. De fait, c'est en principe l’État tchadien qui devrait les prendre en charge, mais celui-ci est très défaillant. Le UNHCR se préoccupe de la protection (défense des droits et souci de leur sécurité) de ces personnes "en exil dans leur propre pays", mais il ne dispose d'aucun budget pour développer des programmes dans les sites de déplacés. Pendant un temps, le Programme Alimentaire Mondial distribuait des rations de nourriture dans les sites mais aujourd'hui, il ne le fait plus que pour les personnes vulnérables.


Comme dans les camps de réfugiés, le JRS apporte depuis plusieurs années un soutien à l’éducation des enfants dans plusieurs des sites de déplacés de la région de Goz Beida. Éducation primaire principalement …

[Une élève du site d'Arangou, à Kerfi, fait la lecture au tableau sous les yeux de Marie-Hélène, religieuse française, directrice du projet JRS d'éducation primaire dans les sites de déplacés]

... mais aussi éducation préscolaire. On a constaté en effet que les élèves du primaire venaient souvent en classe avec leurs petits frères ou petites sœurs qui leur avaient été confiés par leurs parents partis travailler au champ. Un phénomène toujours d’actualité dans les sites où le préscolaire n’existe pas comme le site des déplacés de Kerfi. Les enfants que vous voyez ici sont dans la classe de première primaire : un peu jeunes encore, avouez …


C'est pourquoi est venue la proposition de développer l'éducation préscolaire pour permettre aux "plus grands" de pouvoir se concentrer sur le cours quand ils sont en classe. Au préscolaire, on apprend à s'ordonner par rangées dans la classe …


... mais on commence aussi à compter et à écrire ses premières lettres en arabe …


… et à prononcer à haute voix les syllabes devant la classe.
C’est Sœur Sabine, volontaire JRS originaire de RDC, qui est la responsable du préscolaire. Vous la voyez ici en compagnie de Docteur, un de ses assistants, qui est notamment chargé de la distribution mensuelle  d’une ration alimentaire à chaque enfant. Une manière d’encourager les parents à envoyer leurs enfants en classe.

Avec l'équipe chargée du suivi de l'éducation primaire, nous nous sommes rendus dans la zone de Kerfi, distante de 45 km de Goz Beida.

C'est une zone "mixte" car aujourd'hui dans les sites de déplacés, on trouve aussi des "retournés" qui avaient quitté cette région en raison de l'insécurité et qui y reviennent progressivement maintenant (je vous avais bien dit que la situation des déplacés dans l'Est du Tchad est complexe ...).
Cette visite m'a permis d'assister à quelques cours. Certains se donnent dans des bâtiments "en dur" ...

... d'autres dans des salles de classe nettement plus précaires, où l'attention au professeur est moins aisée, avec le vent qui claque et la poussière qui vous remplit les yeux (j'en ai fait moi-même l'expérience).

La méthode d'enseignement est assez traditionnelle. Elle se base beaucoup sur la mémorisation et la répétition. Le professeur écrit au tableau, il fait la lecture  ...

... et les élèves, tour à tour, viennent au tableau répéter la lecture du professeur en pointant à la baguette les mots prononcés.

Pendant ce temps, les uns écoutent  ...

... d'autres prennent note sur leur ardoise ...

[je vous l'ai renversée pour que vous puissiez apprécier la calligraphie par vous même]

... ou sur leur cahier à même le sol, sur des nattes, lorsque les bancs manquent. Pas très confortable, je l'accorde.


Un des axes de l'intervention du JRS, c'est la formation des maîtres et leur supervision. Après la classe, un superviseur du JRS comme Zakaria que vous voyez ici, fait le point avec le maître dont il a écouté la classe pour l'aider à améliorer sa méthodologie d'enseignement. C'est utile et nécessaire car la plupart de ces maîtres ont très peu d'expérience.
Ces écoles sont ce qu'on appelle des écoles communautaires, c'est-à-dire prises en charge par la communauté locale, et pas directement par le Ministère de l'éducation nationale.
Moment très attendu : le paiement de la prime au début du mois
Les maîtres sont soit issus de la communauté même, surtout pour les arabophones, mais les professeurs francophones sont souvent de jeunes diplômés de l'école normale qui viennent d'une autre région du pays et qui sont envoyés par le Ministère pour quelques années pour y faire leurs "classes" (c'est le cas de le dire) tout en rendant service aux villages dans les zones plus reculées. Dans le cas des sites de déplacés, la contribution des parents est bien maigre car leurs ressources économiques sont limitées. Le JRS vient donc compléter cette contribution pour permettre aux maîtres de (sur)vivre.  

Actuellement, le JRS est en train de préparer son retrait progressif car il est difficile de trouver le financement pour ce projet, mais aussi parce que le gouvernement tchadien souhaite que d'ici peu on ne parle plus de déplacés : soit ils retournent dans leur village d'origine, soit ils s'installent définitivement là où ils se sont réfugiés. 

Du coup, nous mettons beaucoup l'accent sur la sensibilisation des associations de parents pour qu'elles développent des activités génératrices de revenus, comme un champ communautaire ou la fabrication de briques, qui leur permettront d'assumer eux-mêmes la charge de l'école. Mais, je dois bien l'avouer, c'est plus facile à écrire qu'à mettre en œuvre. Ici , vous voyez Souleymane, un des assistants du JRS, en grande conversation avec des parents et des maîtres.

Après la visite des classes, nous sommes allés rendre une visite de courtoisie au sous-préfet de Kerfi. Entretenir de bonnes relations avec les autorités locales est important, outre qu'il faut aussi les encourager à s'intéresser aux écoles et à s'y investir.

C'était jeudi, jour de marché à Kerfi. Un marché qui draine toute la population de la région ainsi que des commerçants qui viennent même du Soudan. On y trouve de la viande (ça manque rarement au Tchad) quelques fruits, des légumes, des épices, du textile, et les animaux des cheptels du coin : ânes, chèvres, chevaux, vaches, chameaux,...


Nous en avons profité pour refaire nos forces dans une petite échoppe,  autour d'un plateau abéchois : galettes de pain, viande de mouton grillée et des tomates au sucre! 


De quoi faire la grosse heure de route qui nous sépare de Goz Beida sans le ventre qui gargouille.
A une prochaine fois.


Christophe